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SAÏD DJABELKHIR “Les Ulémas ont détruit de larges pans de la tradition soufie en Algérie”

Auteur de deux ouvrages sur le soufisme, “Soufisme et création”, publié en 2007 au Caire, et “Soufisme, religion et référent religieux” (2011), Saïd Djabelkhir est un islamologue et un chercheur en islamologie. Rencontré dimanche dernier à Mila, où il a participé au festival national des Aïssaoua, le chercheur a bien voulu répondre à nos questions.

Liberté : Que représente le festival national des Aïssaoua pour le chercheur que vous êtes ?

Saïd Djabelkhir : Le festival présente un programme musical soufi. Pour moi, ce programme constitue une matière première pour la recherche spécialisée. Les troupes qui interprètent ce programme musical sont des troupes confrériques et non folkloriques, ce qui confère à leur activité une importance capitale pour mes études.

Quelle différence trouvez-vous entre les troupes confrériques et les troupes folkloriques ?

La troupe folklorique s’intéresse au côté musical relatif au spectacle. La troupe confrérique en revanche s’intéresse beaucoup plus au côté spirituel d’une musique particulière qui est la musique soufie.

Aujourd’hui, on assiste à un retour en force des zaouïas à l’échelle nationale. Cela remet-il en cause tout le travail effectué par la société des Ulémas de Ben Badis ?

La société des Ulémas, par ignorance, a détruit de larges pans de la tradition soufie en Algérie. Les confréries ont une importance capitale dans le développement et la conservation du legs culturel national. Entre le XVe et le XVIe siècles, après la chute de l’État des Almohades, c’étaient les confréries qui ont pris la société en charge dans les domaines de l’enseignement, de l’emploi et même sur le plan sécuritaire. Des études historiques confirment qu’avant 1830, l’État algérien n’avait jamais dépensé un sou pour l’enseignement. Cette mission sociale, c’étaient les zaouïas qui la remplissaient.

Pensez-vous que la société algérienne au XXIe siècle manifeste toujours de l’intérêt pour la culture soufie ?

Il existe une jeunesse, aujourd’hui, qui manifeste de l’intérêt pour l’art spirituel des Aïssaoua.
Cependant, selon mes observations personnelles, la majorité de cette population qui fait le déplacement au festival s’intéresse plus aux aspects folkloriques qu’à autre chose. J’aurais aimé que les jeunes fans de cet art s’intéressent également à ce qui est spirituel, qui n’est pas moins beau, ni moins enrichissant.

Source Liberté

 

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