Jacqueline Chabbi : Qui était Mohammed ?
Extrait de son livre Dieu de la Bible, Dieu du Coran (avec Thomas Römer), Paris, Le Seuil, 2020, Entretiens avec Jean-Louis Schlegel
Jean-Louis Schlegel
Avec Thomas Römer, nous nous sommes interrogés sur l’historicité de Moïse et sur celle des patriarches bibliques. La Bible raconte toutes sortes d’histoires merveilleuses à leur sujet, tout en les présentant comme des personnages qui ont réellement existé. Et du reste, « ça marche » : nombre de bons juifs et de bons chrétiens sont persuadés que ce sont des histoires « vraies ». Et ils débordent largement ces créationnistes évangéliques qui pensent que la création du monde, avec les deux premiers humains, Adam et Ève, s’est passée exactement comme le raconte la Bible. Pourtant, plus un seul historien sérieux ne peut accepter cela. Est-ce que l’histoire du prophète Mohammed est aussi une invention ? Ou, à l’inverse, qu’est-ce qui est « vrai » à son sujet ?
Jacqueline Chabbi
Pour ma part, j’évite d’emblée de dire que Mohammed est un prophète. C’est devenu l’appellation habituelle, mais en histoire, il faut se méfier des habitudes. Alors voici ce que je peux dire : dans la partie mecquoise du Coran, Mohammed est désigné comme un« avertisseur », ou un « annonciateur ». Le contexte sociétal est celui de la tribu dont le futur prophète, désigné aussi comme « votre compagnon » (81, 22), est un membre ordinaire dont la mission est simplement « d’avertir » les siens sur des périls qui les menacent. La sacralisation de la figure prophétique, si dominante plus tard, n’est en rien présente dans le Coran. On trouve certes dans sa partie mecquoise les mots « prophète » ou « messager », mais ils désignent des figures bibliques, tels Abraham ou Moïse.
Jean-Louis Schlegel
Est-on certain qu’il s’appelait Mohammed à l’origine ?
Jacqueline Chabbi
Non, Mohammed est un nom qui soulève bien des questions. Il est bâti à partir d’une forme de participe passif : l’homme dit muhammad (en transcription exacte de l’arabe) est « celui auquel ont été décernées des louanges ». Or, dans les inscriptions datées qui jalonnent des lieux divers, notamment les pistes, il n’est pas fait mention de ce nom glorieux avant la fin du VIIe siècle, donc au moment où il apparaît dans les inscriptions de la Coupole du Rocher à Jérusalem comme « serviteur » (‘Abd Allâh) et « Messager d’Allah » (Rasûl Allâh), tandis que Jésus, fils de Marie, figure à une
seule reprise, avec la même titulature, sur les bandeaux intérieurs. Le nouveau messager d’Allah succède à Jésus, tout comme le nouvel empire arabe revendique de succéder à l’empire chrétien de
Byzance qui lui résiste encore. Il est donc plus que probable que le nom de Mohammed, si peu présent dans le Coran, est une adjonction tardive que le « messager » a reçue au temps des
Omeyyades. J’ajoute que le nom personnel d’un homme de tribu n’est pratiquement jamais cité hors du cercle le plus étroit de sa parenté. À l’extérieur de ce cercle restreint, il n’est généralement connu que sous son nom de clan ou de tribu, ou encore selon la dénomination qui fait de lui un homme accompli comme « père d’un fils » (Abû…), né ou à venir.
Jean-Louis Schlegel
Mais si le nom laudatif « Mohammed » est « fabriqué » à la fin du VIIe siècle, qui était l’homme de tribu qui a fini par sortir du rang au point de devenir le « Prophète de l’islam » ?
Jacqueline Chabbi
On n’a que des allusions coraniques à ce sujet. En particulier la situation dégradée de son enfance (il est orphelin : 93, 6), son absence de « renom » au début de sa vie d’adulte (94, 4) et une
insulte de ses adversaires le désignant comme un homme « sans fils » (108, 3). Sa famille paternelle est interpellée pour le soutenir (26, 214), et un personnage qui serait un oncle paternel hostile est
maudit (sourate 111). Quand l’arrivée au pouvoir des Abbassides (750) inaugure l’écriture du passé, les premiers historiographes reprennent à loisir ces éléments pour dévoiler la généalogie de celui
qui est dorénavant bien identifié comme Mohammed.
Jean-Louis Schlegel
C’est bien ténu… N’a-t-on pas affaire à des fictions ?
Jacqueline Chabbi
On pourrait se laisser aller à le penser, si ce n’était que, pendant plusieurs siècles, des descendants présumés du clan tribal de Mohammed se sont affrontés dans une lutte sans merci pour le
contrôle du pouvoir. De cette rivalité initiale naissent d’ailleurs entre la fin du IXe et le Xe siècle les mouvements idéologiques rivaux que sont le sunnisme et le chiisme. Ce dernier mouvement prétend être fidèle à l’ascendance directe de Fatima et de Ali, respectivement fille et cousin/gendre de celui que nous appelons Mohammed. Or, le savoir généalogique était capital dans le monde des tribus. On ne pouvait mentir à son propos, car la généalogie s’exposait aux yeux de tous. Elle était par ailleurs porteuse d’enjeux majeurs, régissant ce qu’on pourrait appeler le « code des alliances », qui était à la
base même du système politique tribal. Mohammed reçoit aussi d’autres noms, pour lesquels on n’a
d’ailleurs guère plus de certitude. Le plus souvent cité est Qutham, qui aurait pour signification « Celui qui distribue sur sa part de butin ». Le nom de son père, décédé avant la naissance du futur Prophète, pose d’ailleurs aussi problème. Les sources historiographiques (mais pas le Coran) le nomment ‘Abd Allâh, autrement dit « Serviteur d’Allah ». Mais les enfants nés à Médine et
dont les parents émigrés de La Mecque s’étaient ralliés à l’« alliance d’Allah » portaient tous, ou presque, le nom de ‘Abd Allâh. De ce fait, on les appelait al-‘abâdila, « les ‘Abd Allâh », en forgeant un pluriel sur ce nom.
Jean-Louis Schlegel
Le nom du père serait en quelque sorte un enjolivement ?
Jacqueline Chabbi
Oui. Il s’agit incontestablement d’un nom fictif de laudation, qui ferait écho au « Couvert de louanges » (Mohammed) omeyyade. Mais aucune inscription n’en atteste. Au contraire, la généalogie
paternelle ascendante de Mohammed, à partir du grand-père, semble totalement étrangère à ces reconstructions de noms. Or, même si les noms de ces ancêtres ne figurent pas dans le Coran, ils
n’ont soulevé aucune contestation dans un milieu habitué à traquer et à railler les fausses généalogies. Il en va de même des autres lignées de personnages connus appartenant à des clans mecquois, à commencer par celui des Omeyyades. Puisqu’on ne mentait pas sur la généalogie, on peut donc voir là des « preuves anthropologiques » et des informations de localisation fiables sur les
origines de Mohammed.
Mohammed à Médine
Jean-Louis Schlegel
Il existe donc un personnage historique qu’on a appelé Mohammed. Mais s’il n’avait pas un statut de prophète à La Mecque, le possédait-il en entrant à Médine ?
Jacqueline Chabbi
Non, celui que nous appelons Mohammed n’a pas été « prophète en son pays ». D’un point de vue anthropologique, il ne pouvait pas l’être avant de rejoindre ce statut attribué à des figures antérieures, avant tout bibliques, sur lesquelles il pouvait calquer son destin d’homme inspiré par une parole surnaturelle. Ses adversaires mecquois le dénoncent alors comme « devin ». Dans l’Arabie tribale, les devins étaient des hommes et souvent des femmes qui entendaient des voix disant annoncer l’avenir proche, dans une société constamment obsédée par l’incertitude de ses lendemains.
Jean-Louis Schlegel
Donc les figures bibliques dans le Coran sont importantes en ce qu’elles fournissent des modèles dans la représentation du Prophète ?
Jacqueline Chabbi
Oui, les qualificatifs de « prophète » (nabî) et « messager » (rasûl) s’appliquent d’abord à ceux que le Coran présente comme des modèles d’identification. Il s’agit exclusivement de figures bibliques, surtout de Moïse (en contexte mecquois). Mais l’accent est mis sur le fait que ces figures antérieures ont reçu, à destination des leurs, un « Écrit (surnaturel) » (kitâb), similaire à celui qui est reçu par l’« Avertisseur » de sa tribu.
Jean-Louis Schlegel
Pourquoi avait-il besoin de ces cautions ?
Jacqueline Chabbi
Mohammed était fort handicapé par son statut social. Né orphelin dans un clan qui semble avoir été en déclin, car non associé à des entreprises marchandes récentes, il avait été épousé par une veuve plus âgée que lui qui ne lui avait pas donné de fils parvenu à l’âge adulte. Autant dire, à la manière de Pierre Bourdieu, que son
« capital social » était égal à zéro.
Jean-Louis Schlegel
Comment connaît-on le mariage avec cette veuve ? Par des récits ultérieurs ?
Jacqueline Chabbi
Oui, tout à fait. Par l’historiographie du début de la période abbasside (VIIIe siècle). Le Coran ne dit mot de ce premier mariage, régenté par l’épouse. On a simplement l’allusion au « châtré » (abtâr), une insulte qui désigne l’homme sans fils (108, 3). Il n’est question d’épouses au pluriel que durant la phase coranique médinoise, sans toutefois qu’aucun nom ne soit précisé. À propos du premier mariage, on est dans le vraisemblable, qui reste invérifiable directement. Mais la mémoire tribale ne manquait pas de retenir avec délectation ce que nous appellerions des « ragots ». Certains
étaient même mis en poèmes pour une meilleure mémorisation. La poésie satirique, qui pouvait défaire durablement une réputation, jouait un rôle non négligeable dans cette société.
Jean-Louis Schlegel
S’il a dû finalement partir de La Mecque et aller à Médine, c’est que l’irritation, voire la violence à son égard était montée d’un cran ?
Jacqueline Chabbi
À La Mecque, le statut de Mohammed est celui d’un homme de tribu qui parle aux siens. La tradition historiographique met en scène une ostracisation de son clan de la part des autres clans de la tribu. Mais il n’y a aucune allusion coranique à ce propos. Cela pourrait être un effet de dramatisation inventé après coup. L’appel aux oncles paternels, évoqué dans le Coran, n’entraîne aucun ralliement.
Un autre passage du Coran évoque des pressions pour faire partir le discoureur imprudent. Il semble en définitive avoir été banni par un oncle, nouveau chef de son clan, que le Coran maudit. Sa puissante épouse étant morte, l’« Avertisseur » se serait trouvé sans protection. Intervient alors un épisode que le Coran ignore, mais qui
semble plausible dans la société de l’époque : avant de s’exiler définitivement à Médine où il aurait eu une relation de parenté dans l’un des clans arabes de l’oasis, Mohammed aurait bénéficié d’une protection tribale temporaire de la part du puissant chef mecquois du clan des Nawfal, qui voulait ainsi montrer sa force. Il ne se serait
donc agi en rien d’un ralliement religieux. Cet événement est placé par les chroniqueurs en l’an 619, soit deux ans avant l’hégire (dont la date présumée bien connue est 622). C’est sans doute à la mort de ce dernier protecteur que Mohammed le banni a dû quitter sa ville de naissance. Le Coran revient brièvement sur ce départ de Mohammed avec l’un de ses plus anciens partisans (9, 40). Les historiographes ont mis en scène un scénario de poursuite abracadrabrant, en racontant que ce compagnon aurait été Abu Bakr, du petit clan mecquois des Taym et père de Aïcha, la future jeune épouse de Mohammed. D’autres les auraient rejoints progressivement pour former à Médine le groupe des « émigrés ».
Jean-Louis Schlegel
Et à Médine non plus, il n’est pas accueilli comme prophète.
Jacqueline Chabbi
La tradition historiographique brode à loisir sur un accueil grandiose de Mohammed à Médine, où il est censé arriver sur sa chamelle blanche en tant que prophète et médiateur, impatiemment attendu de tous pour régler des querelles intertribales dans la cité. Tout cela paraît de la plus haute fantaisie. En réalité, en pleine période médinoise, lors de ce qui aurait été – selon la tradition historiographique – une banale querelle autour d’un puits, il se fait encore traiter de « réfugié » qu’on peut expulser. Cela permet d’avoir une plus juste appréciation de la situation et fait comprendre que Mohammed ne peut avoir été le chef de la cité qui l’a accueilli, comme on l’imagine souvent aujourd’hui. Ni qu’il régnait sans partage sur une communauté de croyants tout à sa dévotion. L’« obéissance à Allah et à son Messager », qui est souvent
réclamée, vient largement d’une rédaction postérieure : mettant en scène le modèle d’un prophète obéi, elle vise sans doute à donner une assise de même type aux califes de la seconde moitié du VIIe siècle. Centrée à Damas, la dynastie d’origine mecquoise a en effet, malgré son pragmatisme, le plus grand mal à contrôler la
province iraquienne, pas si éloignée, où les grandes tribus indociles voulaient faire la loi comme elles la faisaient auparavant dans leurs terres d’Arabie orientale.
Jean-Louis Schlegel
Que penser alors des récits sur la « révélation » que Mohammed aurait reçue dans une grotte du mont Hira, près de La Mecque ? On parle même de révélation « dans la douleur » puisqu’il aurait été à moitié étouffé par l’ange Gabriel qui l’aurait contraint de prononcer les premiers mots de la révélation. Peut-on reconnaître une part de
vérité dans cette « douleur de l’inspiré » ou est-on dans la pure invention hagiographique ?
Jacqueline Chabbi
On est dans une mise en scène hagiographique. Dans le Coran, il n’y a pas de grotte de la révélation, ni à Hira, à quatre kilomètres de La Mecque, ni ailleurs. Quant à Gabriel, Djibrîl, constamment présent par la suite dans l’hagiographie mohammedienne, il n’est l’objet que de deux passages coraniques tardifs : l’un est en relation avec une querelle conjugale, rappelant que Gabriel est étymologiquement un ange de la « force » ; l’autre, avec deux mentions successives, renvoie à Gabriel comme agent de la « descente » (de la révélation) dans « ton » cœur (le cœur est en
arabe le siège de la compréhension, pas des sentiments).
Jean-Louis Schlegel
Est-ce qu’on pourrait malgré tout sinon affirmer, du moins présumer qu’il arrive à Médine avec une aura d’« inspiré » ?
Jacqueline Chabbi
Non. Comme je l’ai déjà indiqué, il y arrive car il y a des attaches familiales, mais comme un réfugié. Selon les historiographes que l’on peut suivre sur ces affaires tribales, son clan de parenté appartenait à la tribu médinoise des Khazradj, qui venait de perdre l’ascendant politique dans l’oasis au profit de la tribu rivale des Aws.
On peut penser que l’émigré est reçu d’autant plus favorablement qu’il est bientôt rejoint par quelques partisans capables de faire nombre en cas de confrontation entre les deux tribus. Mais Mohammed est alors un homme en échec, banni par son clan
mecquois. Le thème de la « sortie contrainte », pour ne pas dire de l’expulsion, est d’ailleurs repris dans la partie médinoise du Coran.
Le tournant politique de Médine
Jean-Louis Schlegel
Après ce premier échec à La Mecque, comment va-t-il « se refaire », si je puis dire ? L’importation du thème de l’eschatologie, enfer et paradis, va-t-elle lui servir ?
Jacqueline Chabbi
Il va se refaire par la politique, non par le discours. À La Mecque, le discours était sa seule arme, mais il a échoué, vaincu par la tradition patriarcale qui se moquait bien de savoir s’il y avait un lieu de châtiment ou un lieu de délices après la mort. Nous en avons déjà parlé : le discours coranique, avec le thème importé de la Création et d’un créateur possesseur de tout, censé pourvoir à tous les besoins, censé avoir secouru des peuples dans le passé, ne marche pas. Les hommes de tribu sont des pragmatiques. Ils veulent des preuves. Ils ne connaissent pas ces peuples. C’était un
trait fondamental de l’anthropologie et de la mentalité tribales que de ne faire confiance qu’à des gens avec lesquels on avait fait alliance dans le passé ou avec lesquels on était susceptibles de faire alliance dans le présent et le futur. Un discours hors sol n’intéressait personne.
Pourquoi aurait-il eu plus de succès à Médine ? Arrivé dans sa cité d’accueil, Mohammed va donc jouer avant tout un jeu politique. Au terme de quasiment dix années de coups de force et de négociations, il aurait réussi à rallier à l’alliance de son Dieu les Mecquois qui l’avaient banni, et à se faire reconnaître comme un
interlocuteur fiable par son ancienne tribu. On peut dire en effet qu’il
n’a jamais renoncé à son objectif premier. Cette politique a été suivie par les Médinois dans la mesure où ils y ont trouvé avantage. Elle aboutit en 630 (date présumée) à une prise de contrôle négociée de La Mecque. Contre toute attente, cette alliance des deux cités perdure après la mort de Mohammed (632, date également présumée), non sur la base religieuse que l’on imagine a posteriori, mais sur celle d’intérêts communs bien compris.
Jean-Louis Schlegel
Le discours coranique reflète-t-il cette activité « politique » ?
Jacqueline Chabbi
Oui, de manière plus ou moins allusive. S’y ajoute – cela a été remarqué depuis longtemps – une partie que l’on dit souvent « législative », en imaginant qu’elle établissait en quelque sorte les fondements nouveaux d’une société musulmane idéale. À y regarder de plus près, on s’aperçoit que le Coran médinois reste très
largement en phase avec les règles qui régissaient les sociétés tribales en Arabie. Le problème de Mohammed en tant qu’émigré dans une cité étrangère est de faire en sorte que ses partisans, surtout ceux qui viennent du nomadisme et ne connaissent pas les mœurs de la ville, ne viennent pas gêner son action politique par des conduites inappropriées, qui perturberaient l’ordre de la société médinoise et dont il serait tenu responsable. Mais sur le plan idéologique, la grande affaire du Coran médinois, ce sont les rapports avec les juifs de l’oasis. La polémique qui naît et s’enflamme occupe une grande partie du texte du Coran rapporté à cette période.
Jean-Louis Schlegel
D’où vient cette polémique ? Vous nous avez dit déjà que les fils d’Israël étaient vus de manière très positive dans la partie « mecquoise » du Coran ?
Jacqueline Chabbi
On est en présence de ce qu’on pourrait appeler une « révision déchirante » : on croit avoir des alliés et on est face à des gens qui ne veulent pas parler avec vous ! Alors que le discours de période mecquoise avait porté aux nues les juifs en tant que peuple de Moïse, voilà qu’au lieu d’accueillir à bras ouverts celui qui se réclame de leur « prophète », les juifs de Médine le raillent et se moquent de lui (5, 57). Seraient-ils envieux et jaloux (4, 54 ; 2, 105) d’une nouvelle révélation qui prolonge et actualise celle que Moïse a reçue ? À la stupéfaction font place la colère et la virulence du
discours. Celle-ci est d’autant plus intense et provocante que celui qui commence à être identifié comme « Prophète » et « Messager », à l’instar des prestigieux devanciers dont il se réclame, ne peut rien contre les juifs locaux qui sont des membres à part entière de la société médinoise. Pour parvenir à les atteindre, il faudra trouver des motifs sérieux, autrement dit des motifs politiques et tribaux.
À suivre
Jacqueline Chabbi, anthropologue, historienne et universitaire française, professeure émérite en Études arabes à l’université de Paris VIII





