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Kamel Grar: «L’islam n’a jamais interdit l’alcool, mais a essayé de résoudre une problématique sociale»

Kamel Grar: «L’islam n’a jamais interdit l’alcool, mais a essayé de résoudre une problématique sociale»

En Tunisie, vient de paraître dans la collection Sud Savoirs un livre unique en son genre : La grande saga du Boire, entre histoire et anthropologie de l’essayiste Kamel Grar. L’auteur propose une approche nuancée et complexe du boire à travers les siècles, dans ses dimensions historiques, religieuses, anthropologiques et politiques, notamment en terre d’Islam.

RFI : Votre livre évoque entre autres le fait du boire en terre d’islam, êtes-vous conscient que vous vous attaquez à un tabou ?

Kamel Grar : Absolument, puisque ce sujet est encore tabou. Moi j’essaie d’attaquer cette thématique d’un point de vue anthropologique, mon objectif est de donner de nouveaux éclairages par rapport à cette thématique qui me semble être très importante et tout aussi actuelle.

Vous vous attardez quand même sur le débat, toujours inachevé : si l’islam a interdit l’alcool totalement ou partiellement ?

J’ai essayé de relever dans mon ouvrage quasiment toutes les thématiques en liaison avec ces interdits. Je n’ai pas des idées tranchées par rapport à cela. Mais à partir de lectures poussées et à partir aussi d’une documentation que j’ai regroupée, a priori, je dis bien a priori, à partir des lectures de pas mal d’intellectuels contemporains (Mohamed Talbi, Malek Chebel, de Youssef Seddik) qui ont repensé une lecture méthodologique de cette question éternelle, et toujours actuelle : est-ce que l’islam a interdit l’alcool ? Je dis bien ou pas. Je pense que les recherches contemporaines, même de la part d’islamologues confirmés, ont tendance à dire que l’islam n’a jamais interdit l’alcool. C’est plutôt l’islam, à une époque donnée, a essayé de trouver une solution à une problématique sociale qui préexistait du temps de Mahomet, de l’époque préislamique.

Vous écrivez : « à côté de la respiration, boire est la plus essentielle de toutes les fonctions vitales du corps humain, c’est encore plus important que de manger ». Également dans l’une de vos citations, vous affirmez que l’alcool nous a sauvés de l’extinction…

Il est vrai que l’alcool, mis à part ses fonctions thérapeutiques etc, a sauvé, disons, l’humanité dans le sens où le fait de boire dans les civilisations anciennes et à ce jour, c’est un acte fondateur, c’est un rite social accompli, qui permet à des communautés de vivre ensemble, de communiquer ensemble, et tout naturellement à s’unir ou à se désunir en fonction des circonstances historiques et de l’évolution des choses.

Dans la grande saga du boire, vous faites remarquer que la croissance de l’idéologie jihadiste dans la région s’accompagne paradoxalement d’une augmentation notable de la consommation d’alcool ?

Oui, c’est l’une des déductions majeures que j’ai pu faire. Dans le sens où dans des territoires conquis par ceux qu’on appelle communément les jihadistes, salafistes et autres, que ce soit en Syrie, en Libye, au Soudan et même ailleurs, nous avons constaté avec des chiffres à l’appui que cela s’est accompagné d’une certaine razzia par rapport à tout ce qui est boire, par tout ce qui est commerce de l’alcool, la contrebande de l’alcool, c’était l’un des grands moyens de financement pour leurs activités répréhensibles.

Vous consacrez tout un chapitre aux lieux du boire, qu’en est-il du boire au paradis ?

Justement, ce n’est pas le boire au paradis, c’est plutôt en terre d’islam, il y a un grand paradoxe, c’est qu’il y a un paradis de confisqué finalement. C’est que d’un côté et le Coran, et le prophète et les célèbres interprétateurs de la religion, nous disent qu’au départ, le vin coule à flot au paradis, et que de l’autre côté à partir de la première période du règne mahométan à la Mecque, mais juste après et là bien sûr il y a des considérations stratégiques, voire militaires à prendre en compte, c’est qu’on a changé d’avis, et quand on a changé d’avis, il y a tous les prêcheurs du monde, musulmans, et là c’est devenu hyper interdit, hyper dangereux et pour la santé et pour l’âme et donc on nous a quelque peu trahis avec cette histoire-là.

Source RFI 14/08/2022

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