Algérie

Tebboune : qui finance qui ? (I) par Mohamed Benchicou

ENTRE WATERGATE ET WATERGAÏD

ENTRE WATERGATE ET WATERGAÏD

« Tandis que certains journalistes commettent des erreurs par manque de formation ou d’expérience et œuvrent à les rectifier, d’autres en commettent délibérément en s’appuyant sur des parties étrangères… », a très solennellement dit M. Tebboune, lors d’une récente rencontre avec la presse algérienne.

Ainsi donc, et contrairement aux allégations de certains milieux troubles qui voient dans les dernières arrestations massives au sein de la population le souci du pouvoir de prévenir le retour du hirak, M. Tebboune nous apporte une clarification essentielle : ces incarcérations s’expliquent par le devoir de protéger la souveraineté nationale. Ils viseraient rien moins qu’à déjouer un vaste complot ourdi par de sournois intrigants dissimulés derrière des noms parfaitement algériens. mais aussi et surtout par des perfides journalistes agissant en agents doubles et par des médias algériens financés par des officines étrangères.

La vigilance de l’entourage de M. Tebboune aurait donc permis de débusquer les espions et autres conspirateurs qui agissaient dans l’ombre contre l’Etat algérien.Les coupables sont désormais connus. Il s’agit, entre autres, de Hicham Sahraoui qui habite Ain-Témouchent et risque neuf années de prison ; Ghessoul Chérif, lui, est de Bordj-Bou-Arréridj et encourt une peine de cinq ans requise par un procureur aux ordres. Je peux citer aussi Soheib Debaghi d’Alger, condamné mardi en comparution immédiate à un an de prison ferme par le tribunal de Chéraga, Boussif Mohamed Boudiaf, Aimed Meharbache, condamné à un an de prison ferme par le tribunal d’El Aouinat, I. Bahlat, condamné en appel à six mois de prison ferme par la cour d’Oran…Ils sont comme ça, une centaine de citoyens de tous âges durement frappés par la justice algérienne, plus que jamais bras armé du régime, accusés  d’«outrage à corps constitué et publication sur Facebook de fausses informations pouvant porter atteinte à la sécurité et l’ordre publics et à la personne du président de la République.»

Pour M. Tebboune, le financement des médias étrangers par l’argent du peuple algérien n’est pas illégal. Le porte-parole de votre gouvernement a bien voulu nous expliquer que la décision prise contre Radio M, Maghreb émergent et le journaliste Drareni s’appuyait sur une loi de 2012 qui interdirait le financement étranger aux médias. Vraiment ? Mais que fait d’autre le gouvernement algérien en achetant des articles de complaisance à des journaux étrangers, dont le Washington Times ?

Le pouvoir algérien manque-t-il à ce point de soutien qu’il s’en remet à un quotidien appartenant à la secte Moon et proche des milieux d’extrême droite française et américaine, pour faire son apologie ?

Alors que des citoyens critiques sont jetés en prison, David Keane, l’auteur panégyriste de l’article élogieux envers le pouvoir recevait un pactole de 30 000 dollars par mois de la part des autorités algériennes.

David Keane est connu pour entre autres, avoir dirigé la puissante organisation National Rifle Association (NRA),  le puissant lobby des armes aux Etats-Unis qui défend ouvertement le libre commerce des armes à feu. Il fut un temps, pas très lointain, où M. Tebboune nous apprenait que nous n’étions pas la Corée du Nord ! « En Algérie, nous-dit-il, on n’interdit pas, on utilise ce qui nous est permis dans le cadre des accords internationaux que l’Algérie a signés ».  Ça a changé !

Aujourd’hui, nous sommes plus proche que jamais de la Corée du Nord, l’Algérie étant l’un des rares pays où Facebook conduit en prison. La Corée du Nord moins l’industrie, moins les centres de recherche scientifiques, moins l’agriculture assurant l’auto-suffisance, c’est la Corée du Nord plus la corruption, plus la gabegie, plus les places de députés qui se vendent au plus offrant..

M. Tebboune ne fait que perpétuer les pratiques de son prédécesseur Bouteflika dont on se rappelle qu’il avait payé au prix fort la complicité du quotidien français Le Monde pour duper le lecteur et commettre un faux : publier un supplément intitulé « Stratégie internationale » consacré au 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, en fait un encart publicitaire à la gloire de l’ancien chef de l’État algérien, conçu et rédigé par une agence de communication grassement payée pour l’occasion, publié dans un espace du journal Le Monde acheté par l’État algérien, mais présenté d’une façon si trompeuse qu’on le prenait pour une initiative de la rédaction du Monde : même typographie, même maquette… Le faux supplément parut

le 4 juillet 2012, sous forme de cahier central de 16 pages à l’intérieur du quotidien Le Monde, sans aucune mention qui indiquerait qu’il s’agissait d’un encart publicitaire. L’Algérie y était présentée comme le modèle des nations de la planète, avec une interview-fleuve du président Bouteflika vantant les mérites de sa politique et annoncée à la « Une », et pas moins de sept interviews de ministres de son gouvernement qui, tous, faisaient l’éloge de Bouteflika. Cette opération de propagande qui jouait sur la notoriété du journal, provoqua un gros scandale au sein de la rédaction, mise devant le fait accompli.

La Société des rédacteurs, actionnaire du journal, dénonça l’initiative qui « entretient la confusion avec une information journalistique indépendante ». « Notre crédibilité a été très atteinte, c’est sans précédent sous cette forme dans l’histoire du journal », avait déploré la journaliste Isabelle Mandraud, chargée du Maghreb. Le Médiateur du Monde a dû reconnaître que le contrat de confiance établi avec les lecteurs « a bel et bien été transgressé ».

Le directeur du journal, a dû s’excuser auprès de ses lecteurs et de ses confrères pour «la confusion entre rédaction et publicité» et expliquer que ce cahier publicitaire « financé par l’État d’Algérie », avait « abusé la direction du journal, sa rédaction et nos lecteurs » et « porté un lourd préjudice à notre journal et à l’intégrité de sa rédaction ».

Huit ans plus tard, un président algérien récidivait dans la tromperie. Qui finance  qui ? (A suivre)

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