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Une femme peut-elle devenir féminicide ?

Il est encore difficile de naître femme en Algérie ou dans les pays arabes et musulmans en général ! Les choses n’ont pas changé, ou du moins pas assez, pas suffisamment ! Aux yeux de notre société fanatisée et obsédée, la femme est la honte. L’honneur en risque. La chair. La jouissance. La souffrance. La société algérienne et musulmane en général dispose d’un moule âgé de plusieurs siècles pour y mettre les femmes, toutes les femmes ! Cette société les veut toutes identiques dans la culture de la soumission, dans la marginalisation, dans le silence. Bien que la scolarisation a largement touché la gent féminine, bien que le marché du travail soit envahi par la femme, mais de l’autre côté la mentalité machiste est toujours là, hégémonique et écrasante.

En permanence, durant toute sa vie tourmentée, la femme musulmane vit sous l’œil vigile ! Le vigile communautaire, tribal. Elle naît avec un gardien dans sa tête, un autre entre ses yeux et un troisième sur sa langue ! La généralisation d’un enseignement régenté et gangréné par l’idéologie islamiste masculine n’a pas contribué à la libération de la femme, ou très peu. Ce système pseudo-éducatif n’est qu’un appareil pour l’alphabétisation frivole et non pas pour un enseignement libérateur. Le système scolaire en Algérie, en Afrique du Nord et dans les pays arabes, en général, est un espace approprié pour cultiver, et avec apothéose, l’idéologie féminicide.

Les paradoxes ! 
L’élève de onze ans à peine surveille son institutrice, juge sa tenue vestimentaire, sa coiffure, la rondeur de ses hanches, la hauteur de ses talons, ses chaussures, ses paroles, la couleur de sa chemise.
L’étudiant à l’université surveille la morale de la docteure, de la conférencière, ses propos philosophiques, sa marque de téléphone smartphone, sa photo de profil sur son compte facebook, son sourire, son pantalon, ses lunettes de vue et celles de soleil, la couleur du rouge à lèvres, le degré de son maquillage. Le vernis à ongles, le numéro de la plaque d’immatriculation de son véhicule ! Ses relations avec ses collègues enseignants, les mecs, dans la salle des profs !

De sa naissance à sa tombe, la femme est inspectée. En résidence surveillée à perpétuité. Contrôlée. Vérifiée. Fouillée par toutes sortes de police ! Elle traverse sa vie en être handicapé ou en mineure. Sous tutelle en éternité ! Sous protection sexiste continuelle. En consignation perpétuelle. Elle est dans la rue, mais la prison masculine la suit jusqu’aux trottoirs, jusqu’à derrière le volant de son véhicule, dans le transport en commun. Elle porte sa prison avec elle, pour elle, autour d’elle ! Encore petite, aux yeux des troublés, elle est déjà une bouchée de chair vivante ! On la roule dans des tissus pour condamner son petit corps. On lui apprend que son corps est un crime ou une honte 3awra. Jeune fille, elle représente une bombe mobile ! En circulant, tout le monde guette son explosion nucléaire ! Dans une société où le machisme et le féminicide sont généralisés, même la femme n’est pas clémente envers la femme ! La femme, par l’école et par la tradition sexiste rétrograde, se trouve endoctrinée par l’idéologie machiste.

Une femme machiste !  
Dans une société machiste, fanatisée et obsédée, la femme peut être féminicide ! Une haine contre soi. Et dès qu’il y a une femme qui réclame l’égalité des sexes, qui lève la voix pour demander ses droits, elle est taxée de masculinité, moustarjala ! Ainsi, la femme est réduite à une seule image, celle de la mère. La matrice. Neuf mois enceinte. L’accouchement. Le lait maternel. Le travail ménager. Dans ces rôles, d’appareil de reproduction ou d’esclave, elle est tolérée ! La femme est une priorité beylikale. Un habous, bien de mainmorte. Elle appartient à tout ce monde et n’appartient à personne, même pas à elle-même !

Son corps grandit sous l’œil de tous les vigiles, les paternels et les maternels, les voisins et les villageois.
Les cheveux scannés. Les fesses mesurées à l’œil nu. La poitrine calculée au millimètre près. Le regard qui dérive vers la gauche ou vers la droite. Tout est enregistré. Les sorties et les rentrées, les départs et les retours, sont repérés à la seconde près, chrono made in Suisse à la main.
Les jours du sang cyclique sont comptés, minute par minute, sans erreur aucune. Les couches fouillées.
Dans une société obsédée, l’assassinat d’une jeune fille n’est qu’un fait divers, retransmis sur les pages d’un quotidien local. La violence faite à une femme n’est qu’une sorte de rééducation d’une entêtée. Le harcèlement d’une femme n’est qu’un acte normal en réponse à une provocatrice. Aux yeux de la société misogyne, ces faits féminicides sont des non-événements, excepté chez une poignée d’intellectuels occidentalisés, les porte-parole des “droits de l’homme” en contradiction avec les lois islamiques !

A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr

In Liberté du 19/12/2020

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