Islamisme

Mais qui sont les terroristes ? Chronique du jour

Par Hassane Zerrouky
hzerrouky@hotmail.com
Il fallait le faire et l’ENTV l’a fait : diffuser un documentaire sur les massacres, les attentats et les assassinats des années 1990 sans jamais mentionner ni désigner les auteurs de ces crimes. Pourtant, ils étaient revendiqués par Al Qital, organe du GIA, quand ce n’était pas par Mourad Si Ahmed dit Djamel al-Afghani, Djamel Zitouni puis Antar Zouabri en personne. Et si on remonte un peu avant l’émergence de ces chefs du GIA, il suffit de rappeler la fatwa d’Omar el-Eulmi, membre fondateur de l’ex-FIS, diffusée par radio Wafa en 1993 – eh oui, les «terroristes» disposaient d’une radio qui émettait chaque mercredi et qu’on écoutait – fatwa dans laquelle il ordonnait de tuer tous ceux qui soutenaient le pouvoir «y compris leurs femmes, leurs enfants et les vieillards». Et ce, sans compter les autres, Annouar Haddam, par exemple, qui s’apprêtait à rentrer à Alger pour bénéficier de la loi sur la paix et la réconciliation nationale…

Mourad Si Ahmed dit Djamel al-Afghani

Djamel Zitouni

Antar Zouabri émir dU GIA abattu en 1994

 

Ces actes terroristes étaient également justifiés à partir de Londres par El Ansar, dirigé alors, tour à tour, par l’Égyptien Abou Hamza, imam de la mosquée de Finsbury Parc, aujourd’hui emprisonné aux Etats-Unis, par le Jordanien Abou Koutada, aujourd’hui quelque part entre la Jordanie et la Syrie, devenu un des mentors des djihadistes syriens tout comme son complice, le Syrien Omar al-Bacri qui, précisons-le, avaient tous la nationalité britannique…

Abou Hamza  directeur du journal Al Anssar dans lequel sont revendiqués les attentats du GIA


En regardant les images de ce documentaire, on avait l’impression que cet «irhab» (terrorisme) jamais défini, tuait pour tuer, et détruisait pour le plaisir de détruire. Or, il poursuivait un but stratégique, instituer par la terreur de masse l’Etat islamique qu’il légitimait et justifier par l’idéologie islamo-djihadiste, théorisée par le Palestinien Abdellah Azam avant que d’autres ne prennent le relais en Algérie et ailleurs. C’est tout cela, toutes ces informations que le documentaire de l’ENTV aurait dû indiquer aux auditeurs algériens. Mais, ce n’était pas le but recherché.
Et n’eût été la résistance opposée par la société algérienne et les forces de sécurité (voir Le Soir d’Algérie du 21 septembre), le GIA et ses soutiens, avec la complicité occidentale, auraient pris le pouvoir. A-t-on oublié la mobilisation des femmes en 1993 et 1994 au plus fort du terrorisme et plus
tard ? A-t-on oublié le sacrifice des journalistes, des syndicalistes, de ces collectifs de travailleurs défendant leurs outils de travail, de ces salariés de Sonelgaz réparant au mépris de leur vie les postes et centrales électriques détruits, ou des employés des chemins de fer (SNTF) réparant les voies ferrées sabotées ? A-t-on oublié tous ces militaires et policiers qui se sont sacrifiés ? Après les massacres de l’été et de l’automne 1997, suite à l’offensive militaire aidée par les Patriotes et les GLD, dans la Mitidja et ailleurs, le terrorisme islamiste avait perdu la guerre mais l’idéologie islamiste qui l’a porté subsiste encore. En bref, était-ce difficile pour ceux qui ont réalisé ce documentaire de rappeler ces vérités ? D’autant que l’Algérie n’a pas encore fait son deuil, que les blessures sont loin d’être cicatrisées et que le terrorisme islamiste est toujours présent.

Abou Qatada directeur du journal Al Anssar dans lequel sont revendiqués les attentats du GIA


A ce propos, dans ma chronique du 21 septembre, j’écrivais ceci : «Devoir de mémoire. Ne pas oublier ce qui s’est passé est une obligation morale afin de permettre une résilience pour que les individus et la société puissent se reconstruire et, partant, pour prémunir les générations à venir afin que cela ne se reproduise plus. Un peuple sans mémoire, sans passé historique, dont l’identité est réduite au religieux réinventé à la sauce wahhabite, est un peuple livré à toutes les influences, manipulations. Raison pour laquelle ne pas parler de ce qui s’est passé, ne pas en débattre, occulter de tels faits et passer à autre chose comme si de rien n’était, conforte et légitime les auteurs de ces crimes.» C’est toujours d’actualité.

H. Z.

Source Le Soir d’Algérie

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