Science

Quand la musique est bonne ….

Apprendre la musique, c’est excellent pour le cerveau ! C’est ce que mettent en avant de récents travaux de recherche fondés sur l’imagerie cérébrale. Outre les émotions, la musique stimule notamment les zones impliquées dans la mémorisation, de l’enfance jusqu’au grand âge.

Que se passe-t-il entre nos oreilles quand la musique nous donne du plaisir ? Depuis 2011, nous en savons plus grâce à des chercheurs de l’université McGill à Montréal qui se sont penchés sur la question en faisant appel à des techniques d’imagerie cérébrale. L’équipe de Robert J. Zatorre a pu montrer que le plaisir musical se traduisait, à l’instar de la prise de drogues ou de l’orgasme, par une activation du « circuit de la récompense », système cérébral qui nous incite à renouveler les expériences plaisantes. Avec, comme signature chimique de cette jouissance, une libération de dopamine au niveau du circuit… Mais la musique sait aussi joindre l’utile à l’agréable. Pratiquée et/ou écoutée, elle gratifie notre cerveau de bienfaits plus durables.

Une meilleure coordination motrice

L’une des propriétés remarquables de l’organe pensant est sa capacité de développer, lors d’une situation nouvelle – apprentissage ou autre –, telle ou telle de ses parties. En fonction des stimulations qu’ils reçoivent, ses quelque quatre-vingts à cent milliards de neurones peuvent modifier durablement leurs synapses (connexions) : on parle de plasticité cérébrale. Contrairement à ce qui fut longtemps postulé, il y a même formation de nouveaux neurones dans le cerveau chez l’adulte ; du moins dans certaines zones telles que l’hippocampe, une structure du système limbique impliquée au premier chef dans la mémorisation. Phénomène étonnant, la musique se révèle capable de stimuler cette neurogenèse dans l’hippocampe… de rats et de souris.

Différents types de mémoire, consciente ou inconsciente, volontaire ou involontaire, sont sollicités par la musique. Grâce à la plasticité cérébrale, l’apprentissage de pièces musicales, voire de partitions symphoniques entières – a fortiori chez les chefs d’orchestre –, est de nature à favoriser le développement des zones impliquées dans la mémorisation. En 2010, l’équipe d’Hervé Platel à l’université de Caen mettait en évidence une augmentation de la densité de matière grise, et donc de neurones, dans l’hippocampe gauche chez les musiciens.

Par ailleurs, la pratique instrumentale n’affecte pas seulement la matière grise mais aussi la substance blanche, formée de fibres nerveuses qui sont les prolongements de neurones. Ainsi, certaines zones du corps calleux – un volumineux pont de fibres assurant la communication entre hémisphères cérébraux – se développent davantage chez ceux qui jouent d’un instrument. On a là probablement le support anatomique d’un dialogue plus efficace entre cerveaux droit et gauche chez les musiciens, avec à la clef une meilleure coordination motrice, voire cognitive. De plus, et comme l’ont montré en 2013 des chercheurs de Montréal (1), l’effet est particulièrement marqué chez les musiciens précoces, ayant démarré leur apprentissage avant l’âge de 7 ans : plus l’initiation à la musique commence tôt, meilleure sera la connectivité interhémisphérique.

De par son aptitude à stimuler l’activité et la plasticité cérébrales, on attribue à la musique des vertus thérapeutiques. Des études mettent en évidence les bienfaits des ateliers musicaux pour les personnes atteintes de maladie d’Alzheimer. Malgré des fonctions cognitives très altérées, des patients non musiciens se révèlent capables de se remémorer des mélodies et d’en retenir de nouvelles pendant un mois ou deux, voire plus. Cela montre que la musique peut inscrire des traces mnésiques dans des zones cérébrales différentes de celles qui, tel l’hippocampe, sont considérées comme particulièrement dégradées chez ces malades.

Bref, si la musique joue dans notre cerveau sa partition d’émotions, elle le modèle aussi, et y laisse sa trace, toujours prête à se raviver.

Jean-François Bouvet

Source Sciences Humaines

Tags

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer