Algérie

NOUS FERONS VOS ANNÉES DE PRISON PAR M. BENCHICOU

In Le Matin du 26 avril 2001

Messieurs les ministres, messieurs les coalisés, messieurs les députés, messieurs les sénateurs…

Dites-nous comment Belkhadem succède à Khemisti, […] dites-nous les mots sur les islamistes promus ministres d’État, dites-nous comment assassiner Dilem, apprenez-nous à bâillonner SAS.

Aidez-nous. Dites-nous et nous vous écouterons. Dites-nous les mots qui vous conviennent, dites-nous le verbe lisse, dites-nous le trait hypocrite, dites-nous les mots qui font oublier vos trahisons, dites-nous ce qu’il faut de mots pour qu’enfin vous oubliiez votre statut de valets. Dites-nous comment être lâche pour éviter la prison. Dites-nous le vocabulaire à l’encre transparente, dites-nous les mots du silence sur Messaâdia, aidez-nous à expliquer Belkheir, dites-nous comment Belkhadem succède à Khemisti, dites-nous les phrases sur les démocrates qui squattent les appartements, dites-nous les mots sur les islamistes promus ministres d’État, dites-nous comment assassiner Dilem, apprenez-nous à bâillonner SAS, épaulez-nous pour exiler Hakim Laâlam, dites-nous comment vit un général avec 54 000 DA par mois, dites-nous comment fermer les yeux pour ne les ouvrir qu’au moment d’applaudir, dites-nous comment vous écrivez selon la pluie et le soleil, dites-nous les mots qui vous aideront à vous regarder dans un miroir, dites-nous ce qu’il faut dire pour que vous regardiez vos enfants dans les yeux. Dites-nous donc les mensonges que vous préparez à la veuve et à l’orphelin, sont-ce les mêmes que vous avez confiés aux tueurs que vous amnistiez ? Dites-nous ce qu’il faut d’aplomb pour parler de gazelles quand on n’a jamais rencontré le désert, dites-nous comment décrire le courage quand on ne s’est jamais battu, dites-nous comment parler de Pablo Neruda quand on n’a lu que les résolutions du FLN, dites-nous comment louer la Cuvée quand on n’a bu que Vita-jus, dites-nous le désespoir de Toumi le rebelle succombant devant le plat de lentilles d’Oujda, dites-nous comment parler des palais quand on n’a connu que des maisons brûlées, dites-nous comment on peut avoir été Boukrouh et n’être en réalité qu’un triste secrétaire de gouvernement, dites-nous les cendres de Lambèze éteintes dans le gin-soda, dites-nous comment Souk Ahras en arrive à camoufler Cambridge, dites-nous comment vous faites le soir pour épater encore vos épouses, dites-nous comment réussir les courbettes avec de si moches bedaines, dites-nous vos rêves de courtisans attendant un poste diplomatique…Dites-nous tout, les silences qui vous feraient plaisir, dites-nous comment préférer une 406 à l’ancêtre, dites-nous comment mentir à la mère si fière de vous, dites-nous le mérite d’un cocktail sur tamazight banni, dites-nous la magie de l’ombre d’El Mouradia sur Béni Douala, dites-nous le sortilège du sourire hypocrite d’un Président rompu à la roublardise…

Dites-nous comment vous nous espérez. Car, jamais, en qamis ou en mini-jupe, en ligue ou en procession, par la sourate de la Baqara ou par de vagues poèmes d’Aragon, sous le regard de Dieu ou celui de Bouteflika, par le code pénal ou par la sorcellerie de la chouafa de Dély Ibrahim, jamais vous ne serez les fossoyeurs de nos romans d’amour. Vous obéissez à Bouteflika, nous courons derrière une belle utopie. Vous êtes battus d’avance. Vous n’êtes que du pouvoir qui intimide par la prison, mais qu’est-ce que la prison, messieurs les députés, messieurs les ministres, qu’est-ce que la prison en comparaison au déshonneur, qu’est-ce que cinq millions de dinars, Monsieur Sadi, devant l’honneur, qu’est-ce que quatre articles du code pénal devant les cent ans de solitude qui vous attendent ?

Nous vous donnerons vos millions, nous ferons vos années de prison pour que vos enfants et les nôtres gardent toujours la tête haute dans cette Algérie rebelle. Pour que jamais les intrigues des fils d’Oujda et ceux des pasdaran de Téhéran n’étouffent la patrie de Ali La Pointe.

Messieurs, préparez vos geôles ! Nous continuerons à écrire et vous décrire, à caricaturer vos hypocrisies, à dessiner vos loufoqueries, à rire de votre chef si grotesque, à tout faire exactement comme nous l’avons fait jusqu’ici. J’en arrive déjà à vous plaindre. Vous êtes finalement si pitoyable que l’envie me prend soudain d’arrêter ici.

M. B. in Le Matin du 26 avril 2001

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